Identification & cadrage du territoire

Un contexte favorable au développement du Grand Tétouan

Depuis sa fondation par les Phéniciens au VIIe siècle avant J.C. et tout au long de son histoire, Tétouan, l’ancienne Tamuda, a toujours su tirer le meilleur parti d’une situation géographique avantageuse.

Nichée au creux d’une vallée largement ouverte sur le littoral méditerranéen, elle a très tôt développé d’intenses relations tant commerciales que culturelles avec les grandes cités du bassin méditerranéen. Terre d’accueil et de tolérance elle a bénéficié d’influences très diverses qui l’ont enrichie et lui ont permis d’innover. En témoignent entre autres, le réseau d’alimentation en eau dit Skundo de sa Médina ou encore le style hispano-mauresque très particulier de son Ensanche.

Son hinterland aussi montagneux que riche l’a à la fois protégée et nourrie : adossée au Pays de Jebala, Tétouan a développé et conservé une identité culturelle forte et originale qui se démarque de celle de Tanger et des autres grandes cités du Royaume. Cité andalouse s’il en est, elle a su faire la synthèse des apports hispaniques et mauresques et devenir un centre de civilisation pour l’ensemble du Rif marocain. Le classement de sa médina au Patrimoine Mondial de l’Unesco illustre bien cette originalité et cette excellence.

En revanche, durant la seconde moitié du XXe siècle, alors que Casablanca, Rabat, Marrakech ou Agadir bénéficiaient de la plus grande part des investissements du pays, Tétouan, comme Tanger, est restée à l’écart de la croissance. En accédant au pouvoir, sa Majesté Mohammed VI a voulu contrebalancer son retard de développement (mais aussi celui de l’ensemble de la région du Nord) en lançant une série de grands projets structurants pour la désenclaver et renforcer son développement.

Le bi-pôle Tanger-Tétouan : une articulation bénéfique au territoire du Grand Tétouan

La vision de bi pôle Tanger-Tétouan est inscrite aux différents schémas d’aménagement nationaux, interrégionaux et régionaux depuis la fin des années 90 et le début des années 2000 (SNAT, SDAR et autre plan issu du PAIDAR-MED1typo3/#_ftn1 à horizon 2025). La structuration de de bi-pôle se concrétise progressivement, mais difficilement.

Le port de Tanger Med est aujourd’hui, grâce au développement des infrastructures routières, directement relié au territoire du Grand Tétouan par la rocade méditerranéenne (via Fnideq), ainsi qu’à Tétouan par l’A4 et la RN2. Conformément à la Stratégie Portuaire du Maroc à l’horizon 2030, il est positionné depuis l’origine sur le transit de conteneurs. Cette fonction de hub de conteneurs impacte toutefois peu l’hinterland, l’essentiel des volumes relevant du transbordement.

Le territoire du Grand Tétouan a tout à gagner à articuler son développement à celui de la métropole tingitane. Les importants projets industriels et urbains prévus sur Melloussa avec plus de 800ha de zone d’activités, (dont l’usine Renault) et Souk Lakdim avec près de 160 ha de zone industrielle constitueront un formidable débouché pour une population tétouanaise touchée par le chômage (12 % en 2013 selon le Haut-Commissariat au Plan marocain).

Par ailleurs les villes nouvelles en projet à Melloussa, déjà bien desservi par les réseaux ferroviaire et autoroutier et Chrafat avec une assez bonne desserte autoroutière, peuvent constituer les pôles d’équilibre qui permettront de réduire de la forte pression que subit le littoral tétouanais. La ville de Tétouan elle-même fait face à une pénurie de foncier qui limite sa croissance urbaine.

Dans le même domaine de la complémentarité au sein du bi pôle, la mobilité dans le Grand Tétouan est indissociable de son positionnement dans la région Tanger-Tétouan-Al-Hoceima, et en particulier de la situation de la Wilaya de Tanger qui bénéficie d’une dynamique renouvelée.

La RN2 relie le Grand Tétouan à Tanger, ainsi qu’à tout l’ouest et le sud marocain, la ville de Tétouan représentant la porte d’entrée sud sur le territoire. Les développements pressentis sur le territoire du Grand Tanger le long de la RN2, dans le secteur de Crochet Blanco et de Souk Lakdim, sont très proches de Tétouan, et certains développement pourraient être pensés de manière conjointe afin d’optimiser les efforts.

La Route nationale 16 ou Rocade méditerranéenne, qui relie Tanger à Saïdia, passe par le nouveau Port de Tanger Med, et relie Tanger et ce dernier au territoire du Grand Tétouan : via Fnideq, M’diq et Tétouan. Ces investissements récents offrent au territoire du Grand Tétouan une capacité routière et des liaisons démultipliées avec le reste de la région, en même temps qu’ils imposent de repenser de manière complète et transversale l’articulation avec le réseau local et son maillage.

Enfin, au sein du bi-pôle, le territoire du Grand Tétouan devrait occuper une place propre à la fois par rapport à sa position géographique et à l’identité spécifique de sa population, tout en visant un développement qualitatif basé également sur les atouts naturels, patrimoniaux et culturels.

Des défis majeurs pour un développement durable du territoire du Grand Tétouan

L’essor économique dans le Grand Tétouan a suscité une forte croissance démographique et un développement urbain auxquels le territoire n’était sans doute pas préparé.

Plusieurs défis sont à relevés dans le cadre de l’élaboration d’une vision de développement stratégique et durable du territoire du Grand Tétouan.

Le défi social, intrinsèquement liée à la structure urbaine de plus en plus duale, est de première importance. L’urbanisation rapide modifie, par l’apport de populations nouvelles, souvent plus aisées ou plus pauvres, la composition sociale du territoire, et accroît la ségrégation sociale et spatiale. Les politiques foncières, d’habitat, de qualité du cadre urbain, d’accès aux services et aux équipements, doivent corriger en continu ces tendances inégalitaires, sous peine de nuire à la qualité de vie sur ce territoire et par corollaire, à son attractivité.

En termes dedéveloppement urbain, certaines problématiques peuvent être soulignées :

l’habitat spontané et l’émergence de nombreux quartiers sous-équipés, voire insalubres et le mitage de l’espace rural le long des axes routiers. Ce développement non contrôlé pose des problèmes d’assainissement et de gestion des déchets qui ne sont pas sans conséquence sur l’environnement. A cet égard, les questions de maîtrise foncière et de logement social devront occuper une position centrale dans le SDAU du Grand Tétouan.

La protection du patrimoine urbain et paysager qui fondent l’identité du territoire tétouanais et contribuent largement à son attractivité,

La « baléarisation » du littoral : Ce mode d’urbanisation devra être encadré dans une optique de préservation de la ressource littorale qui fait l’objet même de l’attractivité touristique du territoire.

Les extensions sous forme de lotissement monofonctionnel : Ces développements posent la question du fonctionnement et de la qualité urbaine des nouveaux quartiers mais aussi de leur insertion paysagère et de leur articulation avec les formes urbaines existantes qui souvent les jouxtent (bourgs ruraux ou tissus urbains traditionnels).

Défis de viser l’excellence dans le développement touristique :

Le territoire du Grand Tétouan, du fait de sa position en marge de la grande diagonale de développement économique et industrielle de la côte Ouest du Maroc, et du fait de son histoire, de ses atouts en matière d’architecture et de paysage, d’espaces naturels, de la présence de la Méditerranée, est identifié comme un territoire de développement d’une économie spécifique. Celle-ci, en s’appuyant sur le tourisme déjà présent mais qui reste à structurer et à diversifier, pourrait se construire autour d’un certain nombre de pôles d’excellence : culturel, environnemental et de services touristiques.

Marqué par une orientation essentiellement balnéaire jusqu’à récemment, le développement touristique du Grand Tétouan vise la diversification. Cet objectif désormais bien identifié est porté au sein des politiques publiques à toutes les échelles.

En matière d’environnement, le développement urbain soutenu que connaît le territoire du Grand Tétouan depuis plusieurs années a eu notamment pour conséquence des rejets et des impacts sur l’environnement dans un site particulièrement contraint et fragile, sur sa zone littorale comme dans l’arrière-pays rural et montagneux.

Si le territoire du Grand Tétouan possède de nombreuses potentialités, qu’il peut mettre au service du développement du nord du Maroc, ce développement nécessite d’être mieux maîtrisé afin de ne pas dégrader l’environnement et le site dans lequel il s’inscrit, avec le risque de perdre une part de ses richesses et de sa qualité de vie, mais aussi à terme de limiter l’attractivité du territoire.

Afin d’être consolidé, le développement du territoire du Grand Tétouan doit relever plusieurs grands défis en environnement :

Dans le domaine de la gestion de l’eau et des déchets,

En termes de protection des paysages, des sols et des écosystèmes, mais aussi en termes de réduction de la vulnérabilité du territoire aux risques naturels majeurs, notamment les inondations par ruissellement,

Dans le domaine de l’adaptabilité et de la résilience face au changement climatique

En matière de valorisation des activités rurales traditionnelles (agriculture, pêche artisanale),

Dans la gestion durable des matériaux du sous-sol.

Défis de mobilité et de transport : Les déplacements sur le territoire sont influencés et contraints par un relief spécifique, auquel s’ajoute la coupure constituée par les grandes infrastructures routières nord-Sud de la N16, ainsi que de l’A6, récemment construite. Ces infrastructures n’assurent pas les liaisons transversales sur le territoire, entre le littoral, la plaine et l’arrière-pays montagneux, et peuvent même constituer un frein à un développent urbain cohérent du territoire.

Le développement urbain récent n’a pas été accompagné d’un développement adapté du réseau routier : voies de dessertes locales, maillage et hiérarchisation du réseau. La localisation des emplois n’ayant pas évolué, le territoire connait une augmentation importante des migrations pendulaires.

A ces problématiques de congestion quotidienne s’ajoutent les variations importantes deflux en période estivale, liés à la fois à l’arrivée des MRE et à l’attractivité du littoral.

Le territoire du Grand Tétouan présente donc de forts défis d’amélioration de la structure du réseau, de l’offre de transports alternatifs à l’automobile et de la mobilité en général, qui doivent être articulés de manière étroite avec la stratégie globale d’aménagement du territoire, les défis environnementaux et économiques.

Sur ces différents défis, des arbitrages, des mesures et des investissements raisonnés seront nécessaires pour répondre aux difficultés et éviter de briser le cercle vertueux du développement économique et social durable du Grand Tétouan

Éléments de cadrage de l’aire du SDAU du Grand Tétouan

Découpage administratif

Le Grand Tétouan est une appellation de commodité faisant référence à l’aire urbaine traditionnellement polarisée par la ville de Tétouan. Cette dernière a toujours joué des fonctions de commandement et d’encadrement de l’aire urbaine qui comprend en plus des espaces ruraux périphériques de la ville, les communes urbaines de Martil, M’diq et Fnideq.

Le territoire du Grand Tétouan se compose des entités suivantes :

Les 5 communes urbaines de : Tétouan, Martil, M’diq, Fnideq et Oued Laou ;

Le centre urbain : Dar Bni Karrich ;

L’arrière-pays rural avec les 9 communes rurales : Belyounech, Allyene, Saddina, Mellalienne, Sahtryine, Dar Bni karrich, Zaitoun, Azla et Zaouit Sidi Kacem.

L’aire géographique

L’aire géographique du Grand Tétouan est caractérisée par un paysage montagneux à topographie accidentée et perturbée à l’exception de certaines zones peu élevées et quelques plaines méditerranéennes (plaine de Martil…). En effet, les montagnes couvrent la majeure partie de l’aire urbaine tétouanaise, avec un littoral marqué par des diversités naturelles mais aussi par sa fragilité dictée par les conditions naturelles du climat méditerranéen (étés chauds et secs, hivers aux précipitations considérables), les influences de l’océan et des vents.

Superficie

L’aire d’étude du SDAU du Grand Tétouan selon le dernier découpage s’étend sur une superficie de l’ordre de 87 500 Ha.

Population

En 2014, 670 877 personnes ont été recensées dans les 15 communes urbaines et rurales qui appartiennent au périmètre du Grand Tétouan. Depuis 1994, la population du Grand-Tétouan s’est accrue de près de 250 000 habitants.

Plus de la moitié de la population du Grand Tétouan vit à Tétouan (57 %), où résident près de 380 000 personnes. Trois autres communes urbaines du littoral (Fnideq, Martil et M’Diq), de taille plus modeste (entre 56 000 et 77 000 habitants) regroupent 30 % de la population du Grand Tétouan. A elles seules, ces quatre communes urbaines concentrent donc l’immense majorité de la population du Grand Tétouan (87 %).

Population, ménages et superficie des communes du SDAU du Grand Tétouan

Commune

Population

Ménages

Superficie (ha)

Fnideq

77 436

18 491

2 625

Martil

64 355

16 578

3 593

M'Diq

56 227

13 435

5 184

Allyene

6 583

1 518

9 494

Oued Laou

9 665

2 441

3 404

Tétouan

380 787

92 606

5 217

Mallalienne

9 177

2 088

7 582

Saddina

6 670

1 417

7 518

Azla

16 128

3 563

8 223

Dar Bni Karrich (R)

2 069

449

2 986

Dar Bni Karrich (U)

6 430

1 465

 

Sahtryine

8 036

1 559

10 517

Zaitoune

10 481

2 244

4 851

Zaouiat Sidi Kacem

11 537

2 112

13 415

Belyounech

5 296

1 117

3 663

 Source : RGPH 2014

1 SNAT : Schéma National d’Aménagement du Territoire
SDAR : Schéma de Développement et d’Aménagement Régional
PAIDAR Med : Programme d’Action Intégré pour le Développement et l’Aménagement de la Région Méditerranée marocaine.